« Il semble que l’ours joue à cache-cache avec nous », affirme au micro le commandant Olivier Marien en cette quatrième journée de notre croisière de 14 nuits au départ de Kangerlussuaq, au Groenland, et à destination de la ville de Québec, à bord du yacht Le Boréal de la compagnie française Ponant.


Ah, l’ours polaire ! Voilà, les premiers jours de la croisière, le principal sujet de conversation entre les quelque 200 passagers ayant opté pour cette croisière hybride (à caractère d’expédition avec sorties en zodiac la première semaine et de style classique avec des escales à Terre-Neuve et au Québec la seconde semaine). Au fil des jours, l’ours deviendra objet d’espoir – en verra-t-on enfin aujourd’hui ? Au final, ce sera source de déceptions, voire de frustrations. Car, les ours n’ont pas été au rendez-vous. Ou si peu. En tout et pour tout, on n’en a vu que quelques-uns. Et encore de loin, à au moins 300 mètres de distance. Ceux, qui comme moi, n’avaient pas de jumelle, en ont été quitte pour apercevoir de lointaines tâches blanches - et une fois noire. Ce fut comme un prix de consolation que cet ours noir surgi de nulle part dans le fjord de Nachvak. « Nous allons nous en approcher, c’est assez rare d’avoir l’occasion d’observer ce type d’ours, profitez-en », lança le commandant Marien au micro.

Rappel d’une réalité incontournable : la nature est imprévisible. Et encore plus, les animaux. 


Voilà le principal risque d’une croisière d’expédition, en Arctique du moins : la possibilité de ne pas croiser ces bêtes qui peuplent ces contrées de froid et de glace, comme le renard arctique, l’ours polaire, le morse, le phoque barbu, le boeuf musqué... En Antarctique, en revanche, les rencontres animalières sont garanties, car les passagers côtoient des dizaines de milliers de manchots.


« La chance n’a pas été avec nous cette fois-ci », dit le commandant Marien qui, de concert avec ses officiers navigateur et la dizaine de guides naturalistes embarquée à bord du Boréal, n’a pas ménagé sa peine pour débusquer des animaux polaires. Le tout, sans compromettre la sécurité des passagers. « Nous sommes téméraires, mais pas inconscients », résume-t-il pince sans rire.


Les sept premiers jours de la croisière, Le Boréal a parcouru plus de 1 800 milles nautiques, traversant le détroit de Davis, puis la mer du Labrador avant de rejoindre l’océan Atlantique et l’estuaire du Saint-Laurent. À maintes reprises, le commandant Marien a dû composer avec des éléments déchainés, que ce soit la pluie, le vent ou la houle. Le deuxième soir de la croisière, les vents ont atteint 55 nœuds et les vagues 4,5 mètres. Si bien que la première soirée de gala du commandant a été désertée par nombre de passagers ! « On a eu un bon coup de tabac », dira après coup le commandant Marien. Précisons que, contrairement aux autres compagnies de croisière, la compagnie Ponant organise deux soirées de gala du commandant ainsi qu’un dîner des officiers à chacune de ses croisières.


Des heures durant, officiers et guides naturalistes ont scruté l’horizon avec leurs jumelles à la recherche du moindre signe de vie animale. « Une croisière d’expédition ne comporte pas un horaire quotidien précis, explique le commandant Marien. Tous les matins et tous les soirs, je rencontre le chef d’expédition afin de déterminer un programme d’activités en regard de notre expertise maritime et de nos expériences de navigation antérieures dans la région. »


Il faut composer avec un autre facteur, les conditions météo. « Quand elles sont bonnes, dit le commandant Marien, nous pouvons faire jusqu’à trois sorties quotidiennes en zodiac et multiplier les débarquement à terre. » Cette fois-ci, ce fut une seule sortie par jour, cinq jours durant, sans aucun débarquement à terre. À raison de dix passagers par zodiac, nous avons longé - chaque fois durant quelque 75 minutes – une partie de Monumental Island, puis le glacier Grinell au Nunavut, ensuite l’île d’Akpatok réputé royaume des ours blancs, et finalement les imposants fjords de Nachvak et de Saglek d’une hauteur dépassant les 900 mètres, sur la côte du Labrador. 


À une reprise, l’effet combiné de la présence d’une mer d’huile, d’un splendide coucher de soleil et d’une luminosité d’une rare beauté a rendu la sortie carrément magique, presque irréelle. À deux autres reprises, les passagers sont revenus trempés par les hordes d’eau ayant envahi les zodiacs (au nombre de 12 à bord du Boréal).


À défaut d’une faune abondante, restaient les gens et la nature. La seule escale de la portion expédition de la croisière, à Sisimiut (qui signifie joliment, en groenlandais, la colonie près des terriers de renards), la 2e plus grande ville du Groenland, a donné lieu à de belles rencontres avec la population locale, comme ces jeunes tout sourire dévorant du « polseret », (mélange de saucisses et de pommes de terre) en guise de petit déjeuner tout en se dirigeant à l’école. Précisons que le Groenland est la deuxième plus grande île au monde après l’Australie, qu’elle appartient au Danemark et qu’elle abrite quelque 60 000 personnes vivant essentiellement dans les zones côtières.


La nature, elle, s’est déclinée de maintes façons, parfois en affichant un calme étonnant, parfois en faisant preuve d’une force inouïe, avec comme moments forts icebergs à la dérive, spectaculaires levers ou couchers de soleil et surtout, deux aurores boréales.


Il s’agit d’une pratique propre à la compagnie Ponant : l’accès à la passerelle, sauf exceptions assez rares décrétées par le maître à bord. À plus d’une reprise au cours de notre croisière, elle fut envahie par une bonne vingtaine de passagers désireux d’être aux premières loges, tout particulièrement quand le commandant Marien ait annoncé au micro que des officiers avaient aperçu une baleine alors que Le Boréal longeait la côte du Labrador. « Quand le spectacle en vaut la peine, confie-t-il, je n’hésite pas à faire des annonces au micro, même si c’est l’heure de la sieste ou du repas, ou même durant la nuit. »


Nous avons donc passé beaucoup de temps à bord du navire, avec des journées ponctuées de projections de films et de documentaires ainsi que de présentations de conférences – parfois très pointues (comme un précis de glaciologie et ses 50 nuances de bleu). Et des soirées agrémentées de fêtes et de spectacles (récitals de piano classique, concerts de harpe et chant celtique ou encore, créations de la troupe de danse du navire).

Concluons par ce moment amusant, quand les passagers du Boréal ont été appelés à proposer des noms pour le baptême de six baleines en fonction des signes distinctifs de leur queue. Au final, trois propositions ont été retenues par la direction de la Station de recherche des îles Mingan, cet organisme consacré à l’étude écologique des mammifères marins. Et voilà comment une croisière sans histoires animalières passa à l’histoire scientifique !


EXPÉDITIONS CINQ ÉTOILES

AU FIL DES ANS, LA COMPAGNIE PONANT S’EST IMPOSÉE COMME LE SPÉCIALISTE CROISIÈRE DES PÔLES

La compagnie Ponant est l’une des rares compagnies à proposer des croisières d’expédition. Et la seule à le faire en français. Ayant vu le jour à la fin des années 1980, elle est devenue spécialiste des pôles - il y a 18 ans en Antarctique et 14 ans en Arctique.

En règle générale, Ponant propose, entre juillet et septembre, une dizaine de croisières polaires, certaines couvrant l’essentiel du Spitzberg, d'autres en direction de l’Islande des geysers et des glaciers, et d'autres encore autour du Groenland, à la découverte des trésors de la mer de Baffin, ou en parcourant le passage du Nord-Ouest (seul voie navigable entre l’Atlantique et le Pacifique).


Au pôle sud, Ponant se présente comme le numéro un des croisiéristes. Elle offre, entre novembre et février, une dizaine de croisières autour de la péninsule antarctique, la Géorgie du Sud et les îles Malouines. Précisons que l’Arctique est un océan et l’Antarctique, un continent.


Les croisières Ponant sont des expéditions cinq étoiles. Elles se déroulent à bord de ses yachts récents et modernes jaugeant près de 11 000 tonnes, pouvant accueillir 264 passagers servis avec dévouement par 140 membres d’équipage. Les navires de la compagnie Ponant sont notamment équipés d’un double sonar permettant de visualiser en 3D les fonds marins et ainsi approcher au plus près et en toute sécurité les côtes de la banquise. Les officiers disposent en plus d’une mise à jour en temps réel des données d’une station météorologique par satellite permettant d’optimiser les itinéraires de navigation.


Les cabines des yachts Le Boréal, L’Austral, Le Soléal
et Le Lyrial sont parmi les plus belles en mer, à la fois décorées avec goût, lumineuses et parfaitement insonorisées. Et la table atteint régulièrement des sommets d’inventivité, compte tenu du fait que, chose rarissime en mer, les chefs ont carte blanche dans la confection des menus.


AVANT DE PARTIR

UNE CROISIÈRE D'EXPÉDITION IMPLIQUE DIFFÉRENTES EXIGENCES, TANT SUR LE PLAN MÉDICAL QUE LOGISTIQUE 

Qui dit croisière d’expédition, dit régions isolées sans infrastructures médicales sophistiquées. Voilà pour- quoi la compagnie Ponant exige que les passagers désirant découvrir l’Arctique ou l’Antarctique à bord de l’un des ses navires obtiennent de leur médecin un rapport médical attestant de leur bon état de santé, de leur bonne condition physique et de leur capacité à participer aux activités et excursions prévues. Ce document doit être transmis sous le sceau de la confidentialité au médecin de bord au moins 45 jours avant la date de départ.


Les croisières d’expédition sont déconseillées à tous ceux ne pouvant supporter une voyage de longue durée ainsi qu’aux personnes à mobilité réduite, ayant subi une intervention chirurgicale dans les 12 derniers mois, ayant des antécédents cardiaques, suivant des traitements médicamenteux contraignants ou présentant tout autre risque de santé.

Une croisière d’expédition implique certains risques et dangers d’accidents et de maladie, compte tenu de l’isolement, des animaux rencontrés ou des forces de la nature. Car les passagers devront notamment embarquer et débarquer de zodiacs, et marcheront parfois à terre sur des surfaces irrégulières, voire glissantes.


Deuxième obligation : remplir une déclaration d’honneur à l’effet d’être suffisamment autonome au cours de l’expédition afin de ne pas risquer d’en empêcher son déroulement normal ou de mettre en péril la bonne marche de la croisière.

Troisième obligation : la souscription à une assurance médicale, tout particulièrement pour ceux qui voyagent en territoire russe. Car une évacuation sanitaire n’est pas toujours possible, elle peut prendre plusieurs jours, selon les conditions météorologiques, et elle sera très certainement onéreuse.


Dernière obligation, et non la moindre : l’habillement. La compagnie Ponant offre à tous les passagers un parka polaire, pièce de base auquel les passagers doivent absolument ajouter un sur pantalon étanche ainsi que des bottes imperméables, antidérapantes et arrivant minimalement à la mi mollet. A cet égard, la compagnie Ponant envoie aux passagers une liste comportant une vingtaine de suggestions d’items à apporter (gant étanche, crème solaire écran total, baume protection totale pour les lèvres, spray anti moustique pour les croisières au Groenland, bâtons de marche, etc.). À emporter impérativement : des jumelles de bonne portée.