Je n’ai jamais connu pareille situation en mer : tous les soirs, je ne savais pas quoi prendre tant les propositions culinaires irrésistibles étaient nombreuses et ce, dans les neuf restaurants du Riviera, un nombre très élevé compte tenu que ce navire ne jauge que 66 084 tonnes. Le même dilemme se répétant soir après soir, j’ai décidé de me concentrer sur les poissons afin de réduire au strict minimum les choix déchirants. J’ai finalement été au plus simple en commandant du homard chaque soir, toujours délicieux, décliné en de multiples façons selon que j’étais au restaurant français, italien, asiatique ou même au grill. Je n'ai pas été le seul, puisque quelque 600 kilos de homards ont été consommés au cours de ma croisière de sept nuits dans les Caraïbes de l'Ouest.


Oceania Cruises a été fondée en 2003 par Bob Binder et Frank Del Rio, ce dernier aujourd’hui président de la Corporation Norwegian Cruise Line regroupant les lignes de croisière NCL, Regent Seven Seas Cruises et Oceania Cruises. Voilà une compagnie américaine qui se démarque de la concurrence dans le créneau de la croisière haut de gamme en proposant une ambiance qu’elle qualifie de « country style », en offrant des programmes d’enrichissement culinaire (dont les circuits en immersion Culinary Discovery Tours) et en misant sur « la cuisine la plus raffinée en mer ». Et ma foi, après une semaine à bord du Riviera, le dernier né d’Oceania Cruises lancé en 2012 et rénové en 2015, force est de conclure que ce n’est pas qu’un simple slogan publicitaire.


Pour preuve, Oceania Cruises s’est associée avec l’un des chefs les plus réputés de la haute cuisine française, Jacques Pépin. Entre autres brillantes réalisations, il a été le chef du président français Charles de Gaule durant deux ans à la fin de la décennie 1950. Plus récemment, en 2010, il a participé avec d’autres grands chefs à la conception d’un repas avec droit d’entrée de 30 000$US par couple pour les donateurs du fonds du président Barack Obama pour le comité de campagne du Parti démocrate.


Star de la télévision américaine, le chef exécutif d’Oceania Cruises a conçu le menu du restaurant portant son prénom, Jacques, aménagé à bord des deux plus grands navires d’Oceania Cruises, le Marina et le Riviera, des navires soeurs de 65 000 tonnes accueillant chacun 1 250 passagers qui sont choyés par 800 membres d’équipage. Précisons que la flotte d’Oceania Cruises se compose de quatre autres superbes navires soeurs (Insignia, Regatta, Nautica et Sirena) jaugeant 30 300 tonnes et pouvant accueillir 684 passagers chacun. 


Me voilà au restaurant Jacques dès le deuxième soir de la croisière dont la carte renferme pas moins de 27 propositions. J’ai finalement commandé deux entrées froides et une entrée chaude fort originales (Carpaccio de Saint-Jacques au cresson et son tartare de pommes vertes et oignons des Cévennes. Salade de crabes au raifort et sauce à l’orange sanguine. Bouchon de Saint-Jacques au homard, sauce au Savennières), Suivis d’une vichyssoise si rafraichissante (Crème Fontanges au pois verts et jambon ibérique de Belota), de deux plats principaux impeccables en demi-portion (homard du Maine Thermidator avec sauce aux champignons. Sole de Douvres grenobloise au citron) et de deux desserts ô combien délicieux (tarte aux pommes à la frangipane et un délirant baba au vieux rhum brun). L’un de mes meilleurs repas en mer ! J’ai d’autant plus apprécié le service - diligent, chaleureux, impeccable -, qu’il était livré par une serveuse originaire de France connaissant donc bien la gastronomie de son pays. L’autre serveur tout aussi affable désigné à ma table était originaire des Philippines. Au total, les membres d’équipage du Riviera proviennent de plus de 50 pays. 


« Nous avons 135 chefs, 17 pâtissiers et 9 boulangers à bord du Riviera, dit la directrice de la restauration. Ils travaillent avec l’équipement culinaire le plus moderne que l’on trouve habituellement dans les restaurants Michelin. » Originaire de France,   la directrice de la restauration se plaît à organiser des rencontres de groupe quand le nombre de passagers francophones le permet. Précisons que la clientèle d’Oceania Cruises est en grande majorité américaine, suivi de forts contingents britanniques et asiatiques selon les itinéraires. Je la croise le dernier matin de la croisière. À ma demande, elle a calculé la consommation de homards au cours de cette croisière de sept nuits. « Je n'ai pas encore les statistiques pour hier soir, dit-elle, mais en cinq jours, il s'est consommé pas moins de 576 kilos de homards. Plus d'une demie tonne, c'est énorme ! Et c'est encore plus élevé lorsque nous avons un grand nombre de passagers asiatiques. »


Autre soir, autre tourment culinaire, cette fois-là au Polo Grill. En entrée, la bisque de homard, la meilleure que j’ai goûtée à vie, le brandy espagnol Gran Reserva Gran Duque d’Alba - que le serveur originaire du Honduras a ajouté à la dernière seconde avant consommation -, y étant assurément pour quelque chose ! Comme j’avais consulté la carte au préalable sur le site internet d’Oceania Cruises, j’avais décidé que j’allais pour une fois comparer à la suite deux homards de provenance différente : The Polo Gril Surf and Turf comprenant un homard de la Floride et le Whole Maine Lobster Steamed. Verdict ? Le Maine, d’un poil ! J’ai ensuite cédé à la proposition de desserts la plus délirante du Riviera : le Polo Quintette composé de cinq portions de desserts : tarte aux pommes vertes, gâteau au fromage New York caramélisé, crème brûlée, brownie au fudge au chocolat avec sauce aux framboises et crème glacée à la vanille tahitienne et enfin, tarte au citron vert avec une sauce à l’orange de Floride… Le seul mot qui me vient à l’esprit est déraisonnable !


On ne fera pas ici de débat sur les mérites respectifs des cuisines française et italienne. Mais le restaurant du Riviera qui m’a totalement conquis est le Toscana. Parce que ce restaurant italien propose une belle sélection de plats, rien de moins qu’une quarantaine provenant non seulement de la Toscane, mais aussi de Milan, Gènes ou Bologne. Qui plus est, plusieurs de ces plats sont basés sur des recettes transmises par les grands-mères et les mères des employés italiens de la compagnie. Le tout est servi dans une somptueuse porcelaine Versace exclusive. 


J’avais coché au préalable pas moins d’une dizaine de plats m’intéressant au plus haut point. J’ai ratissé le plus large possible en commandant un carpaccio de pieuvre arrosé d’une vinaigrette au Champagne, une soupe aux pommes de terre et enfin, le trio Toscana (tortellini à la ricotta et épinards, fettucine à la carbonara et risotto au homard). C’était sans compter sur les sept sortes de pain (tendre, croustillant, sec, huileux, au fromage, à la pizza…) que l’on m’apporta en même temps que la carte d’huile d’olive extra vierge. Parmi les 10 sortes, la serveuse s’occupant de ma table, originaire d’Italie, m’a conseillé de prendre impérativement l’Ardoino Fructus, une fabuleuse huile d’olive provenant de La Liguiria. Et pour fins de comparaison, j’ai opté pour un produit du sud-est sicilien, le Fratelli Aprile Il Novello 274th. 


Et comble de décadence, j’ai récidivé avec le concept de quintette de desserts : cannoli avec ricotta au citron sicilien, tiramisu avec amaretto et brandy âgé, crème brûlée, pana cotta à la vanille avec compote de fruits rouge et un sorbet avec minestrone de fruits et sirop d’abricots. Quelle ne fut pas ma surprise quand la serveuse apporta en même temps que ma quintette un plat de six gros biscottis de trois saveurs différentes (que je n’ai pu honorer) ! 


Autre expérience culinaire hors pair au Red Ginger, avec une carte toujours imposante, une trentaine de plats de différents pays asiatiques. Fidèle à ma décision initiale de m’en tenir qu’aux poissons et fruits de mer, j’ai opté pour le saumon grillé et ceviche de pétoncles et pour l’étonnant homard Pad Thai avec citron, tamarin et beurre d’arachides, le meilleur plat de homard de la semaine à mon goût. J’ai finalement renoncé à la trilogie de pétoncles (citron vert, oursin et wasabi) pour découvrir deux desserts qui m’étaient totalement inconnus : un sorbet japonais au citron yuzu et une crème glacée japonaise togarashi. Très bons, quoiqu’un peu déroutants comme saveurs. Pas de vin ce soir-là ! Mais du thé à gogo, j’en ai choisi deux parmi les neuf choix offerts (vert, blanc, noir et aux herbes). 


Un soir que je n’avais guère envie de passer deux heures à table, j’ai soupé sous un grand parasol orange à l’extérieur de la Terrace Café, le restaurant buffet du Riviera qui se compare avantageusement à bien des restaurants principaux de navires d’autres compagnies. Voici ce que j’ai dégusté, en petites portions : moule gratinée à l’ail, escargots à la bourguignonne, cinq sushis et sashimis, un morceau de homard, d’agneau et de mahi mahi grillés, une tartelette aux fraises et quelques morceaux de fruits. J’aurais pu opter pour quelques autres entrées de fruits de mer, pour du saumon, espadon, poulet ou steak grillé, pour des pâtes ou une pointe de pizza, pour le poulet préparé au wok, pour l’un des quatre autres desserts de la soirée, pour l’une des sept saveurs de crème glacée… 



Même abondance d’aliments dès le petit matin. On peut prendre son petit déjeuner en cabine, au restaurant principal baptisé The Grand Dining Room, au Waves Grill ou au restaurant buffet appelé Terrace Café. Ajoutons le Raw Vegan Juice Bar, avec un choix de près d’une dizaine de jus extraordinaires sous forme de smoothies, mélange de jus frais et café cacao (inclus dans le prix de la croisière). Je les ai tous essayé et j’ai particulièrement apprécié le Tropical Green (épinard, eau de noix de coco, banane et gingembre). Le midi, près de dix autres propositions de smoothies et de laits frappés viennent tenter nos papilles. Je dois dire que j’ai abusé du Tropical Temptation (goyave, mangue et fruit de la passion).


Le midi, j’ai surtout fréquenté le Waves Grill. Parmi la dizaine de plats, j’ai successivement jeté mon dévolu sur le surf and turf (c’était incidemment la première fois que je mangeais du homard le midi en mer), sur un fantastique hamburger au boeuf de Kobe et sur un étonnant hamburger au thon. De pareilles propositions, on en voit rarement à l’heure du midi, ce qui explique certainement le fort achalandage jour après jour. 


Un midi, j’ai enfilé pantalon et chemise pour dîner au Grand Dining Room avec, naturellement, une autre carte volumineuse : quatre entrées, deux soupes, trois propositions de plats santé Canyon Ranch, des mets du pays ou de la région vedette du jour (la Provence ce jour-là), deux salades, deux sandwichs, quatre plats principaux du jour et cinq plats permanents (comme des crudités avec sauce tartare ou l’hamburger au boeuf Angus), trois desserts et vaste sélection de crème glacée et de sorbets… Si bien que chaque jour, j’ai sauté le thé de l’après-midi servi au très grand lounge panoramique Horizons occupant tout l’avant du 15e pont avec sandwichs, pâtisseries et tutti quanti !


Tous les restaurants du Riviera sont inclus dans le prix de la croisière, sauf Privée et La Reserve by Wine Spectator. Privée porte bien son nom : il est discrètement aménagé entre les restaurants Polo Grill et Toscana à l’arrière du 14e pont. Il n’y a qu’une seule table, grande, de forme ovale, pouvant accueillir 10 convives, installée au centre d’une petite salle d’une blancheur immaculée, avec des notes de rouge vif provenant du tapis, d’un tableau, du centre de la table et des grandes assiettes rectangulaires. La salle est régulièrement réservée le soir pour souligner différentes occasions (anniversaire, fête corporative, etc.) moyennant des frais de 250$US et les invités peuvent choisir tout ce qu'ils désirent à partir des menus du Polo Grill et du Toscana.


Le décor de La Reserve, sis au centre du 12e pont, est moins spectaculaire que celui du Privée, Mais jusqu’à 24 passagers, répartis en trois tables rectangulaires, y vivent une incroyable expérience gastronomique déclinée en sept services avec grands vins assortis (à un prix variant entre 95$US et 165$US par personne selon l’un des trois menus choisis). Par ailleurs, les vins et alcools ainsi que les pourboires ne sont pas compris dans le prix de la croisière.


L’excellence des prestations d’Oceania Cruises est largement reconnue dans l’industrie. Elle a notamment obtenu, en 2011, le prix de la ligne de croisière la plus innovatrice attribué par Virtuoso, un réseau spécialisé dans le voyage de grand luxe regroupant quelque 300 agences réparties dans 22 pays. En décembre 2016, Oceania Cruises a reçu de Travel Weekly Readers le prix de ligne de croisière offrant la meilleure cuisine et, en août 2016, au Virtuoso Gala Awards, le prix de Best Premium Cruise Line.


Fêtant son quinzième anniversaire d’existence en 2018, Oceania Cruises a en effet une histoire très riche en nouveautés. Pensons, par exemple, aux trois Owner’s Suites de plus de 185 mètres carrés s’étalant sur la totalité de la largeur du Marina et du Riviera enrichis de meubles de la collection Ralph Lauren Home. Ou encore, au grandiose atrium s’étalant sur deux ponts, avec lustre blanc majestueux et escalier circulaire, bonifié de pas moins de 4 600 livres de cristal de la réputée marque Lalique somptueusement sculpté par une quarantaine d’artisans français. 


Tout à côté du pont inférieur de l’atrium se trouvent les boutiques du Riviera proposant une ribambelle de produits luxueux, dont des bijoux et diamants des marques HStern, Kallati, Bellarri et Sophia Fiori ainsi que des sacs des marques Furla, Guess et Chopard, entre autres. Un peu plus loin se succèdent le bureau de réservation, le comptoir d’excursion et la réception. Fait à signaler, à ce dernier endroit, il est régulièrement possible de transiger en français. Par exemple, lors de mon passage en début d’après-midi, les trois membres d’équipage y travaillant parlaient très bien le français (l’une était originaire du Pérou, l’autre de la Croatie et le troisième de France).


Tapis aux riches motifs, chaudes boiseries, marbre et granit à profusion, sofas et canapés en velours... tout n’est que luxe sophistiqué à bord du Riviera. Pareille décoration contribue à créer une atmosphère qu’Oceania Cruises définit comme « country club style ». De fait, nous avons l’impression de pénétrer dans une cossue maison de campagne ou dans un hôtel boutique cinq étoiles, impression particulièrement marquée dans le Martinis, l’un des six bars et lounges du Riviera. Le code vestimentaire est à l’avenant : pas de complet cravate ou de robe de soirée, un simple veston suffit pour les hommes et un ensemble décontracté pour les dames. 


Le calme règne à bord du Riviera. Quelques activités sont offertes tous les jours comme des cours de danse, des tournois de bridge, des compétitions de criquet, des séances de bingo, des quiz, des présentations de conférenciers réputés ou des sessions d’apprentissage soit au The Culinary Center (la seule cuisine en mer à offrir des leçons pratiques sous la supervision de grands chefs, frais de 69$US par personne), soit à l’Artist Loft. Lors de mon passage à bord du Riviera, c’est un artiste américain vivant en Floride, sur place pour trois mois, qui proposait ses créations d’acrylique sur verre. 


À l’extérieur, des passagers testent leur habilité sur le parcours de mini-golf ou sur le court de tennis aménagés à l’avant du 15e pont. D’autres se font dorloter au spa, situé juste en-dessous, à l’avant du 14e pont et géré par la firme bien connue dans l’univers des croisières, Canyon Ranch. Les occupants des suites et penthouses ont un accès privilégié au Private Spa Terrace, une zone extérieure comportant un très grand bain à remous. 


D’autres passagers s’amusent ferme dans la petite salle de jeux érigée au centre du 14e pont. D’autres, tout à côté, s’activent sur le clavier de l’un des ordinateurs de la salle Internet tandis que d’autres feuillettent un beau livre dans l’une des zones intimes de la grande librairie décorées de modèles réduits de navires. D’autres passagers, enfin, savourent sandwichs, biscottes, madeleines ou canelés avec un café de la marque Illy au Baristas adjacent (inclus dans le prix de la croisière, mais pas les cafés avec alcool ni les digestifs italiens). Ce bel endroit panoramique de forme ovale surplombe les deux bains tourbillons trônant à l’entrée de la piscine cernée notamment d’une douzaine d’invitants grands lits de style Bali qui occupent le centre du 12e pont. Comme sur nombre de navires, il n’y a pas de 13e pont, superstition oblige.


Le soir venu, on assiste à des spectacles à grand déploiement au théâtre Riviera Lounge (une seule représentation par soir, tardive, à 21h45) et plus intimistes à Horizons (une représentation par soir, à 22h45). Soulignons ce beau récital de Jeri Sager, une chanteuse ayant joué le rôle de Grizabella dans la comédie musicale CATS. On apprécie aussi en cours de soirée les musiciens jouant dans les différents espaces publics du Riviera (un pianiste, un duo de chanteurs, un quatuor à cordes ou un groupe de musiciens latinos).  


Au fil des déplacements à travers le Riviera, on constate que ce navire s’apparente à un musée d’art moderne flottant. Il y a une telle profusion de toiles de tous styles - et parfois d’imposantes sculptures -, qui ornent les espaces publics, y compris une lithographie de Picasso à l’entrée d’une toilette publique ! Généralement fort colorés, offrant un contraste prononcé avec le bois foncé des murs, oscillant entre l’hyperréalisme, le cubisme, le fauvisme, etc., les toiles, souvent audacieuses, voire déconcertantes, sont l’oeuvre tant de créateurs reconnus, comme Picasso et Miro, que d’artistes émergents, comme Li Dominguez Fong et Carlos Luna. « Nous avons voulu créer une collection d’art non pas pour meubler les murs, mais pour provoquer des conversations et inspirer des émotions », dit le co-fondateur d’Oceania Cruises, Bob Binder. 


C’est plus que repu que l’on rejoint les bras de Morphée dans l’une des quelque 600 cabines du Riviera. Tous les jours se trouvent à ma porte non seulement le programme du lendemain d’activités à bord, mais aussi un feuillet résumant informations pratiques et principaux attraits touristiques de la prochaine escale.